On parle souvent des migrations comme si elles commençaient au bord de la mer. Elles commencent bien avant : dans un village où la pluie n’est pas venue, dans une famille où la terre ne nourrit plus assez de bouches, dans le regard d’une mère qui sait que son fils va devoir partir.
Dans Les Larmes de Mossane (2026), j’ai voulu raconter ces départs avant les départs. Mossane, jeune femme du Sine-Saloum, quitte son village non pour l’Europe, mais pour Dakar. C’est une migration interne, souvent invisible dans les grands récits médiatiques, et, pourtant, elle concerne chaque année des centaines de milliers de Sénégalais.
Partir, ce n’est pas fuir. C’est une décision lente, faite de renoncements et d’espoirs. Mossane ne part pas contre son village, elle part pour lui, pour que, peut-être, une partie des siens puisse rester debout. C’est cela que j’ai voulu montrer : la migration n’est pas une faiblesse, c’est une forme de courage, une quête de dignité qui refuse de se résigner.
Mais la ville n’est pas toujours tendre avec ceux qui arrivent. Les loyers écrasent les rêves, le regard des autres efface les prénoms, et la solitude remplace peu à peu la chaleur du cercle familial. Mossane apprend que la dignité se défend chaque jour, qu’elle ne se donne pas avec un billet d’autocar.
Ce roman est une prière pour les invisibles : celles et ceux qui partent sans cri et qui tiennent debout malgré tout. Leur résilience est la colonne vertébrale silencieuse du Sénégal d’aujourd’hui.
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