Pourquoi j’ai écrit Les Larmes de Mossane : l’émigration clandestine vue de l’intérieur

Chaque livre naît d’une blessure. Les Larmes de Mossane est né d’une accumulation de blessures — celles que j’ai vues, entendues, parfois touchées du doigt dans mon travail, dans mon engagement associatif, dans les conversations avec des jeunes qui rêvaient d’Europe comme on rêve d’un paradis impossible.

L’histoire vraie derrière Les larmes de Mossane

Il y a quelques années, j’ai appris la mort d’un jeune homme que je connaissais indirectement. Il avait vingt-trois ans. Il était parti sur une pirogue depuis Thiaroye-sur-Mer. La pirogue n’est jamais arrivée. Sa mère attendait encore des nouvelles. Pas de corps. Pas de certitude. Juste le silence de l’océan. Ce silence m’a hanté longtemps. Je me suis demandé : qu’est-ce qui pousse un jeune homme de vingt-trois ans, dans la fleur de l’âge, à risquer sa vie sur une embarcation de fortune ? Quelle est la profondeur du désespoir qui rend cette option préférable à rester ?

Mossane : un prénom, un symbole, une résistance

La condition féminine dans la société sénégalaise

Écrire pour ceux que la société fait taire

J’ai voulu raconter deux histoires en une. Moussa, qui survit mais perd une partie de son âme dans la traversée. Et Mossane, jeune femme brisée par la violence et l’injustice, qui voit dans l’exil la seule issue possible pour offrir un avenir à son fils Madane. Ces deux personnages ne sont pas des héros. Ce sont des êtres ordinaires broyés par des circonstances extraordinaires : le chômage, la violence, la malgouvenance et l’indifférence de ceux qui avaient la responsabilité de les protéger.

Le processus d’écriture : trois ans de recherches et de silence

Les médias couvrent les naufrages en termes de chiffres. Tant de morts. Tant de disparus. Tant de rescapés. Ces chiffres sont nécessaires. Mais ils ne racontent pas l’intérieur. Ils ne disent pas la peur la nuit avant le départ, les promesses faites aux enfants, la honte de ceux qui restent, la culpabilité de ceux qui arrivent. La littérature, elle, entre dans ces espaces que les statistiques ne peuvent pas atteindre. Elle met un visage sur un numéro. Elle transforme une information en expérience humaine. C’est ce que j’ai essayé de faire avec ce roman.

Ce roman n’est pas un réquisitoire contre les jeunes qui partent. C’est une interpellation de tous les acteurs — familles, institutions, dirigeants, intellectuels — qui ont une part de responsabilité dans les conditions qui poussent ces jeunes vers l’exil. Quand un pays ne parvient pas à retenir sa jeunesse, c’est tout un système qui est en cause. La question n’est pas « pourquoi partent-ils ? » La vraie question est : qu’avons-nous fait pour leur donner envie de rester ?

Ce que Les larmes de Mossane dit de la littérature sénégalaise engagée

Je suis cadre dirigeant. J’aurais pu me contenter de mon confort. Écrire ce livre était un choix inconfortable, celui de regarder en face une réalité que beaucoup préfèrent ignorer. Mais je crois profondément que l’écrivain a une responsabilité sociale. Il n’est pas là seulement pour divertir. Il est là pour témoigner, pour alerter, pour ouvrir des consciences. Si Les Larmes de Mossane amène un seul lecteur à se poser les bonnes questions, alors Mossane n’aura pas pleuré en vain.

📖 Cet article vous a intéressé ? Retrouvez tous les livres de Paul Sédar Ndiaye : https://paulsedarndiaye.com/livres/

Rejoignez mes lecteurs

Recevez en avant-première mes nouveaux articles et actualités littéraires

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut