Par Paul Sédar Ndiaye
Je ne savais pas exactement à quoi m’attendre en poussant les portes du Nouveau Lycée de Saly Vélingara ce samedi 2 mai. J’avais préparé mes notes, relu quelques passages des Larmes de Mossane, imaginé des questions. Mais rien ne prépare vraiment à ce moment précis où un lycéen lève la main et dit, avec une simplicité désarmante : « Monsieur, moi aussi j’ai un cousin qui a pris la pirogue. »
Ce matin-là, la littérature a cessé d’être un exercice scolaire.
Lire ensemble, c’est penser ensemble
L’atelier avait été organisé par le Club de Littérature du lycée, le CLAP, sous la supervision de Mme Aissatou Seck Seydi, Censeur de l’établissement, et de Mme Fatou Kiné Diop, professeure de Français et cheville ouvrière de cette belle initiative. Une équipe pédagogique engagée, des élèves curieux, un roman comme prétexte, et très vite, la salle s’est transformée en quelque chose d’autre. Pas un cours. Pas une conférence. Une conversation.
Nous avons parlé de Moussa et de Mossane, les deux personnages du roman. De leurs rêves. De leurs peurs. De ce mythe tenace qu’on appelle l’Eldorado, et qui continue d’envoyer nos jeunes vers des eaux qui ne leur doivent rien. Les élèves ont écrit. Ils ont lu leurs textes à voix haute. Certains tremblaient un peu en parlant. C’était beau. C’était nécessaire.
Ce que je vois, et qui m’inquiète
Je ne vais pas vous mentir : quand je regarde la jeunesse sénégalaise aujourd’hui, je vois une génération qui lit de moins en moins. Les écrans ont pris la place des pages. Les fils d’actualité ont remplacé les récits. Et avec eux, quelque chose se perd : la capacité à se concentrer, à imaginer, à ressentir de l’empathie pour une vie qui n’est pas la sienne.
La lecture n’est pas un luxe. Elle n’est pas réservée aux futurs écrivains ou aux amoureux des lettres. Elle est, à mes yeux, l’un des rares espaces où un adolescent peut habiter une autre vie le temps de quelques heures, et revenir à la sienne avec plus de lucidité, plus de questions, plus d’outils pour comprendre le monde.
C’est pour cela que j’écris. Et c’est pour cela que je me déplace.
Ce que les élèves m’ont appris
On croit souvent que l’auteur apporte quelque chose aux élèves. C’est vrai. Mais ce matin-là à Saly Vélingara, c’est moi qui suis reparti avec quelque chose. La confirmation que les jeunes Sénégalais ont des choses profondes à dire : sur leur pays, sur leurs rêves, sur les injustices qu’ils perçoivent avec une acuité que beaucoup d’adultes ont perdue.
Il faut juste leur donner un espace. Un livre. Une heure. Et leur faire confiance.
Si vous êtes enseignant et que vous souhaitez organiser un atelier similaire dans votre établissement, je me déplace volontiers. Le kit pédagogique des Larmes de Mossane est également disponible gratuitement sur ce site.
La littérature ne sauvera pas le monde. Mais elle peut, parfois, sauver un après-midi. Et c’est déjà beaucoup.
Paul Sédar Ndiaye, Mai 2026
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