Migration et dignité sont, pour moi, indissociables. On parle souvent des migrations comme si elles commençaient au bord de la mer. Elles commencent bien avant : dans un village où la pluie n’est pas venue, dans une famille où la terre ne nourrit plus assez de bouches, dans le regard d’une mère qui sait que son fils va devoir partir.
Dans Les Larmes de Mossane (2026), j’ai voulu raconter ces départs avant les départs. Mossane, jeune femme du Sine-Saloum, quitte son village non pour l’Europe, mais pour Dakar. C’est une migration interne, souvent invisible dans les grands récits médiatiques, et pourtant elle concerne chaque année des centaines de milliers de Sénégalais.
Partir, ce n’est pas fuir
Partir, ce n’est pas fuir. C’est une décision lente, faite de renoncements et d’espoirs. Mossane ne part pas contre son village, elle part pour lui, pour que, peut-être, une partie des siens puisse rester debout. C’est cela que j’ai voulu montrer : la migration n’est pas une faiblesse, c’est une forme de courage, une quête de dignité qui refuse de se résigner.
Mais la ville n’est pas toujours tendre avec ceux qui arrivent. Les loyers écrasent les rêves, le regard des autres efface les prénoms, et la solitude remplace peu à peu la chaleur du cercle familial. Mossane apprend que la dignité se défend chaque jour, qu’elle ne se donne pas avec un billet d’autocar.
Migration et dignité : la résilience des invisibles

La migration et dignité que je décris dans ce roman ne relèvent pas de la seule fiction. Selon le recensement national, le Sénégal comptait près de 1,9 million de migrants internes, soit environ un habitant sur sept, la région de Dakar absorbant à elle seule plus de quatre de ces départs sur dix. Mais derrière chaque chiffre, il y a un visage, une histoire, un prénom.
Ce roman est une prière pour les invisibles : celles et ceux qui partent sans cri et qui tiennent debout malgré tout. Leur résilience est la colonne vertébrale silencieuse du Sénégal d’aujourd’hui. Écrire leur histoire, c’est refuser qu’on les réduise à une statistique. La dignité n’est pas un supplément d’âme réservé à ceux qui réussissent : elle est le socle de ceux qui, partis presque sans rien, n’ont jamais cessé de se tenir droits.
La Teranga, ou l’art d’accueillir celui qui arrive
Si la migration et dignité forment le cœur de ce récit, elles adressent aussi une question à celles et ceux qui restent : comment accueillons-nous celui qui arrive ? C’est ici que la Teranga, cette hospitalité sénégalaise que j’ai explorée dans un autre livre, cesse d’être un simple folklore pour devenir une responsabilité. Accueillir le migrant, qu’il vienne du Sine-Saloum ou d’ailleurs, ce n’est pas lui faire la charité : c’est reconnaître en lui un égal et lui rendre ce prénom que la grande ville efface.
Les Larmes de Mossane, publié aux éditions Lys Bleu, est né de cette conviction : une société se juge à la manière dont elle reçoit ses plus fragiles. Tant que nous saurons faire une place à Mossane, la dignité restera vivante au Sénégal.
Pourquoi j’ai écrit ce livre
Je n’ai pas écrit ce roman pour dénoncer, mais pour rendre justice. Trop de récits sur la migration s’arrêtent au drame ou au fait divers ; j’ai voulu, en tant qu’écrivain, redonner une intériorité à celles et ceux que l’on ne nomme jamais. Mon parcours, que je raconte dans ma biographie, m’a appris que la littérature peut être ce lieu rare où l’invisible redevient visible, où la statistique redevient un être humain. C’est aussi pour cela que j’ai situé l’histoire entre le Sine-Saloum et Dakar : pour montrer que l’exil n’a pas toujours besoin de frontières pour briser un cœur.
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